Critique de Brancalonia

En 2021 j’entends parler de Brancalonia, le jeu de rôle de Fantasy Spaghetti, s’appuyant sur les règles de Donjons & Dragons 5.
Le pitch a l’air sympa, la couverture est belle
… et puis j’oublie.

En décembre 2021 je reçois le colis du jeu Dragons (de Studio Agate) avec en cadeau le kit de découverte de Brancalonia.
Comme il est bien fait, l’envie refait surface.

Quelques jours plus tard, sur un groupe de rôlistes sur Facebook, surgit cette question :

- « Est-ce que quelqu'un ici veut écrire une critique de cette œuvre pour PTGPTB en échange du service de presse (Kit d'init + version de travail) ? »

Moi flairant l’aubaine : - « Ah mais oui. »

Le temps passe et en janvier 2022 débute la campagne de financement de la version française

Le kit (disponible en .pdf sur la page Ulule) ayant bien rempli son office, je souscris.

Kit de découverte de Brancalonia: PDF

Le PDF de base arrive rapidement avec tous les suppléments. J’entreprends la phase de lecture avec plaisir et une petite partie dans la foulée.

Enfin, mai 2022 nouveau message :

- « Tu t’es porté volontaire pour écrire une critique de Brancalonia… »

Ah oui tiens.   :)

Pourquoi pas le système 5e édition « du plus célèbre jeu de rôle » dans Brancalonia.

Pour commencer, parlons de mon rapport avec ce système. Il va forcément influer sur cette critique puisque Brancalonia l’utilise comme moteur.

Comme beaucoup, j’ai commencé les jeux de rôles avec Donjons & Dragons. Puis - comme beaucoup - je l’ai snobé pour des systèmes, dit plus libres, sans classes de personnages.

Dans ces systèmes sont généralement présentés des groupes de compétences liés au métier, à l’occupation ou bien à la faction des personnages, cela pour faciliter la création et l’immersion. C’est un peu comme des … classes de personnages. Bref vous voyez où je veux en venir. Finalement classes, métiers ou occupations, c’est la même bolognaise. Y a des scores sur une feuille, on jette un dé et on raconte.

De plus le côté archétypal des classes convient à l’aspect tape-à-l’œil des personnages Brancaloniens.

Si vous êtes adepte de la liberté et de la personnalisation, faites des multiclassés, cela fonctionne bien car le propos ici n’est pas d’obtenir des mécanismes de jeu optimisés mais des personnages hauts en couleurs.

J’aime ce système parce qu’il est simple, que je n’hésite pas à le tordre à l’envie, et que beaucoup de monde le connaît.

Note : Brancalonia en version française est édité par Studio Agate et fait référence à Dragons dudit studio. Par exemple les noms des sorts utilisés pour les créatures du bestiaire sont ceux de Dragons.

L’atmosphère de Brancalonia

Ce JdR nous propose de nous plonger dans

« un univers fantastique, inspiré des contes de fées, à la fois picaresque et plein d’espièglerie, c’est une version « miroir » de l’Italie médiévale...».

Loin des figures héroïques habituelles, on y joue une clique de canailles rejoignant une grande compagnie. À l’instar des routiers du moyen-âge, les personnages sont des racailles que le destin a jetées là. Même si vous pataugez dans la fange, l’idée est de plaisanter de votre infortune et non de revivre à tout prix la misère de l’époque. Le ton est volontairement léger et gouailleur.

Pour vous inspirer, prenez les westerns spaghetti en version moyen-âge, ajoutez la série de téléfilms des années 90 La Caverne de la rose d’or (Fantaghirò en italien),

Affiche de la Caverne de la Rose d'Or, avec l'actrice qui a la coiffure de Mireille Mathieu

saupoudrez le tout de Comedia del Arte, et vous aurez une idée de l’atmosphère des parties. Les incontournables Ladyhawke, Princess Bride et La Chair et le Sang permettent de faire un tour d’horizon assez complet de l’intention du jeu.

PNJ ressemblant à Bud SpencerEn clin d’œil, certains acteurs emblématiques ont des prétirés à leur effigie. Le plus connu étant Bud Spencer que l’on retrouve dans plusieurs illustrations.

On vous suggère de jouer des fripouilles sympathiques plutôt que des vrais méchants pour rester dans une ambiance légère… mais pas que, puisque toute une palette d’ambiances est possible allant du conte de fées au plus sombre, voire funeste.

Pour ma part, je compte bien utiliser Brancalonia avec une campagne dans le style de la Compagnie Noire de Glen Cook.

Le monde

L’avantage des cadres de jeu c’est que l’on peut se concentrer sur l’univers sans devoir digérer un nouveau système. Et si les règles ne vous conviennent pas, vous pourrez toujours utiliser le monde décrit avec votre jeu préféré.

Bienvenue dans « le Royaume d’État-lie ». C’est ainsi que l’appelle ses habitants, ce qui a le mérite d’afficher ce qu’ils pensent du royaume. Celui-ci est présenté comme un fief mineur et délaissé de l’empire d’Altemagne. On peut faire le parallèle avec la Tilée du Vieux Monde de Warhammer. Si vous êtes adepte de mélanges, allez-y ; d’autant qu’une compagnie de mercenaires brancaloniens ne déparerait pas dans l’Empire. Tant que vous y êtes, je vous suggère de placer Wastburg entre les deux pour plus d’effet.

Carte de l'Eta-Lie

Le Royaume ressemble à la fameuse « botte » de l’Italie mais inversée. Son histoire tient sur une page et demie, ce qui est suffisant pour planter le décor sans noyer le lecteur sous des dates et des noms dont vos canailles se moquent complètement. Pour résumer encore plus : un tremblement de terre apocalyptique a englouti la capitale dans un gouffre, au fond duquel est apparue une porte sur l’Enfer. Depuis, les seize provinces ont déclaré leur indépendance et on attend toujours le nouveau souverain qui unifiera tout ce bazar. Cela donne toute latitude pour générer des intrigues. Les différentes provinces sont chacune présentées sur deux pages avec leurs spécificités et leur ambiance particulière mais surtout avec les potentielles corvées - nom donné aux missions - que vous allez pouvoir proposer à votre clique. Cela instille pour chaque région une atmosphère particulière. C’est plaisant à lire et largement suffisant.

Les personnages sauce Brancalonia

On s’affranchit ici des habituels elfes, nains, gnomes et hobbits. Les espèces jouables, au nombre de six (plus 3 dans le supplément Macaronicon), sont originales et s’inscrivent parfaitement dans l’univers.

malebranche - diable rénégat

Dans le livre de base, outre les Humains, on trouve les Malebranches des diables renégats ayant quitté l’Enfer. Les Morgants sont des semi-géants de plus de 2 mètres. Les Mystiques sont des humains nés avec un don particulier dans des circonstances particulières laissant libre court à l’imagination. Les Sylvains sont des humains rustiques et très « naturels » à la pilosité exacerbé. Une mention spéciale pour les Marionnettes, inspirées directement de Pinocchio : des pantins vivants fabriqués à partir d’un bois enchanté.

Dans Macaronicon, on trouve les Chats-lupesques, pour ceux qui rêvent de jouer le Chat Potté. Les Inexistants n’ont de substance que par ce qu’ils portent - comme une armure vide animée. Enfin, les Ratons sont des petits hommes-rats d’origine mystérieuse.

Pour chacune des douze classes habituelles du système D&D5 est présenté un nouvel archétype propre au Royaume. Couplées avec les différentes propositions d’historiques et de traits de personnalité, il y a de quoi créer tous les types de canailles imaginables.

Le supplément introduit 12 archétypes de plus et une classe inédite.

Les règles spéciales

Tout un chapitre est dédié aux règles qui vont permettre de renforcer l’ambiance et de gérer le quotidien d’une compagnie de mercenaires plus ou moins scrupuleux.

Tout d’abord les personnages de Brancalonia ne sont pas destinés à devenir des héros surpuissants comme c’est possible avec D&D, aussi nos lascars seront limités au niveau 6. Ce qui est un bon choix pour rester dans du low fantasy, d’autant que les niveaux 5-6 sont statistiquement les plus joués avec les règles de la 5e édition.

De nombreux aspects sont décrits comme :

  • la piètre qualité de l’équipement - qui est souvent de la camelote,
  • comment améliorer son repaire,
  • gérer la notoriété,
  • la justice du Royaume,
  • les jeux de tripots,
  • un générateur de tavernes,
  • mais aussi comment faire la bringue et délester vos canailles des trésors qu’ils auraient pu gagner.

bagarre de taverne

Tous ces détails sont un régal pour asseoir l’ambiance du jeu. Prenons l’exemple des rixes qui sont un élément incontournable du genre : ce sont des conflits sans importance, où les protagonistes se distribuent des pains à tire-larigot et ne sont qu’assommés. Un système dédié assez amusant est proposé pour les gérer, à base de raclées et de prises. Pour ma part j’ai eu un peu de mal à jongler avec deux systèmes. Choisir lequel utiliser dans une scène n’est pas évident, la frontière entre bagarre et combat étant ténue.

Les aventures

La campagne du livre de règles est déclinée en 6 scénarios permettant de visiter cinq régions différentes du Royaume. Chaque aventure est assez courte, et il ne faut pas hésiter à appuyer sur la spécificité de chacun des lieux visités pour planter le décor et varier l’ambiance.

Elles se déroulent toutes plus ou moins en extérieur. J’aurais aimé qu’une des histoires soit plus urbaine, avec des complots et de la corruption pour empêtrer les personnages, et découvrir une des grandes cités du royaume.

Ce bémol est rattrapé dans le supplément, qui propose des guides pour 4 citées importantes et 7 scénarios intéressants.

la gamme

La gamme

La gamme se compose outre le livre de base, d’un très bel écran de jeu et d’un supplément intitulé Macaronicon. Il amène des nouveautés, des informations ainsi que plusieurs scénarios. Tout ce contenu reste vraiment dans le ton de Brancalonia. De nouveaux archétypes pour chaque classe, de nouvelles espèces et la nouvelle classe de Marionnettiste, qui colle parfaitement à l’univers. Les informations complémentaires fournissent encore plus de substance au cadre de jeu.

Les illustrations en couleurs sont vraiment superbes ; elles sont nombreuses et contribuent à l’ambiance grand-guignolesque de l’ensemble. La maquette est claire et agréable à la lecture.

Mention spéciale pour l’adaptation française qui a su traduire sans trahir quantité de jeux de mots et d’expressions truculentes propres aux cliques de canailles, en allant chercher l’intention première sur la version originale italienne.

Studio Agate prévoit d’étendre la gamme avec un supplément inédit sur la Frange.

Conclusion

Abstraction faite du système choisi - qui plaira ou ne plaira pas - Brancalonia est un cadre de jeu réussi. Il utilise l’imagerie du moyen-âge en incorporant tout le fantasque des contes et légendes populaires. J’ai trouvé l’immersion très confortable car la proposition - tout en étant originale - repose sur un folklore populaire familier. Et la réalisation est à la hauteur.

(Images tirées de la page Ulule)
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