Voir les Héros grandir et s’en aller

kenzerco

extrait du Courrier des lecteurs de Knights Of The Dinner Table

Il m’est très souvent arrivé de me dire qu’une bonne partie de ma vie quotidienne n'avait aucun rapport avec le jeu de rôle et le jeu vidéo.

Mais si j'écris cela, c’est parce que j'ai découvert quelque chose que de nombreux joueurs et joueuses dans le monde entier ont sûrement déjà ressenti.

Un dimanche (comme tant d'autres), alors que j’étais en route pour le magasin de jeux et de BD du quartier, je décidai de passer voir un ami qui travaille dans un endroit fréquenté par des joueurs de PlayStation et de N64.

L’ami en question est un jeune homme plutôt petit, capable d’engager la conversation avec n’importe qui, même [à son arrivée] dans cette nouvelle ville où il venait d’emménager (pour vivre avec son père et son horrible belle-mère, quelle ironie).

Il a le sourire facile et un cœur grand comme ça, et fut rapidement accepté dans notre groupe de jeu. Il lui fallut moins d’une seconde pour s’entendre avec tout le monde. Le problème était, comme je l’ai dit, qu’il était venu d’une autre ville pour vivre avec son père divorcé. Celui-ci travaillait à travers tout le pays, voyageant jour et nuit, et absent trois semaines par mois. Par conséquent, mon ami ne le voyait pas beaucoup.

En tant que joueur de wargame, il s’est retrouvé piégé dans une petite ville où personne ne partageait son deuxième loisir favori. Enfermé dans un nouveau collège rempli d’enfants inconnus, sans père et avec une belle-mère qui n’en avait rien à faire de lui.

Mais lors de cet emménagement il a aussi gagné un groupe de rôlistes qui l’ont accueilli à bras ouverts et qui l’ont surnommé « Le Critique » grâce à cinq critiques [quatre 20 naturels] en une heure, et la destruction de 4 très jeunes dragons verts, sauvant la partie et le reste du groupe de niveau 4, le tout dans la même séance !!! [de Donjons et Dragons (NdT)].

Nous étions en pleine convention de comics locale, et il s’est retrouvé au milieu de nombreux, très nombreux amis, et de gens qui faisaient attention à lui sans connaître tous ses problèmes. Tout ce qui comptait c’est qu’il était un membre de la meute.

Peu importait son nom, son âge, ou l’endroit d’où il venait. Qu’il préfère la deuxième édition [de D&D] à la troisième, et qu’il soit un joueur de Counter-Strike: Go ne dérangeait personne. Ils le considéraient tous comme un ami.

Le tout dernier jour de cette même convention, son père est rentré d’un voyage de trois semaines pour une journée (ou plutôt une nuit, transformant sa maison en lupanar pour ceux que ça intéresse). Il repartait directement le lendemain matin alors que mon ami n’avait revu ni sa mère ni sa ville natale depuis plus d’un mois et demi, parce que cet homme ne voulait pas lui donner assez d'argent pour faire l’aller-retour.

Le jour suivant, en pleurs (oui, il cachait ses larmes dans l’ombre comme l’aurait fait son barde/assassin niveau 7, mais il en faut plus pour tromper un MJ), il m’appela et m'annonça qu’il allait retourner dans sa ville natale, et pour de bon.

Je me suis dit « La vie [et la campagne de JdR] doit continuer », et, en essayant de ne pas me laisser emporter par la douleur que je ressentais pour lui, je lui ai parlé jusqu’à ce que sa voix redevienne normale et apaisée.

Je veux dire : je ne connaissais ce gamin que depuis environ 1D4+3 mois (je ne me souviens vraiment plus exactement), mais il était un des meilleurs joueurs que j’ai jamais eus, et c’est alors que ça m’a frappé.

Je travaille, j’ai une famille, et vais voir des amis, des filles et d’autres personnes mais la plupart de mes meilleurs amis, je les vois autour de la table de jeu.

On ne le savait pas mais nous étions ses seuls vrais amis (dans notre ville) et sa famille était, j’ose le dire, une blague triste et nulle, qu’aucun enfant de 14 ans n’aurait jamais dû avoir à subir.

Non, tout ne se résume pas au jeu de rôle, et quitter sa ville, sa mère et ses amis (et sa vie et son passé) pour se faire jeter dans le coin d’une chambre d’hôtel par son père est une épreuve vraiment terrible (oui, encore plus que combattre un Kaiju-Tarrasque fantôme le jour où le MJ a été viré de son travail) mais mon ami l’a affrontée comme un héros.

J’aimerais dire aussi fermement que je le peux que les gens doivent se souvenir qu’il y a quelque chose de magique à propos du jeu de rôles. Chaque rôliste, même s’il ou elle ne le sait pas, apporte de l’amitié et de la joie aux autres, même quand ce même barde/assassin transforme votre personnage en grosse flaque de $#&/ !

La prochaine fois que vous jouerez avec votre groupe, avec vos amis, posez-vous cette question : à quel point cette partie est-elle importante pour eux ?

Heroes Rise and Leave ; courrier des lecteurs, KODT n°92

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